Un bâtiment dure bien plus longtemps que le programme pour lequel il a été dessiné. Les bureaux se vident, les écoles s'agrandissent ou se réorganisent, les familles changent de taille. Un bâtiment capable d'évoluer sans être démoli économise de la matière, du carbone et de l'argent. Encore faut-il distinguer l'adaptabilité, la transformation et la réversibilité, et savoir quels choix de structure, de hauteur, d'épaisseur ou de réseaux les rendent possibles. Ce guide fait le point, à partir de nos projets.
L'adaptabilité désigne la capacité d'un bâtiment à évoluer sans changer d'usage : un logement dont on peut redistribuer les pièces, des bureaux que l'on cloisonne ou que l'on ouvre, une école dont les salles changent d'affectation au gré des effectifs.
La transformation consiste à donner à un bâtiment existant un autre usage que celui pour lequel il a été construit, au prix de travaux plus ou moins lourds.
La réversibilité est une intention de conception : dessiner dès l'origine un bâtiment capable d'accueillir deux usages, le plus souvent des bureaux et des logements, en limitant les travaux le jour où l'on passe de l'un à l'autre.
Nous considérons l'adaptabilité comme une condition d'une architecture durable. Nous pensons aussi qu'elle se conçoit d'abord au sein d'une même famille d'usages, logement, travail ou équipement : vouloir qu'un bâtiment puisse tout accueillir conduit souvent à un compromis qui ne sert bien aucun usage. Transformer des logements en école, ou l'inverse, reste rarement satisfaisant pour la qualité de l'architecture.
Une structure de poteaux et de poutres, ou de refends espacés, libère les plateaux et permet de redistribuer les cloisons. Les murs porteurs intérieurs, à l'inverse, figent le plan. Les planchers comptent aussi : ceux des bureaux sont dimensionnés pour des charges d'exploitation plus élevées que ceux des logements. Prévoir dès l'origine des réservations pour de futures trémies d'escalier ou de gaines évite de lourdes reprises.
Un logement se contente d'une hauteur sous plafond courante ; des bureaux demandent davantage, pour loger faux-plafonds, faux-planchers et réseaux. Une hauteur d'étage un peu plus généreuse que le minimum est le premier gage de réversibilité. Elle améliore au passage la lumière naturelle et le confort d'été.
Un immeuble de bureaux peut être profond et éclairé artificiellement en son centre. Un logement a besoin de lumière naturelle dans chaque pièce principale et gagne à être traversant. Un bâtiment trop épais se prête mal à la conversion en logements : l'épaisseur des plateaux est l'un des critères décisifs d'une étude de réversibilité.
Une trame de façade régulière permet de recloisonner sans condamner une fenêtre. Des gaines verticales généreuses et accessibles, des réseaux horizontaux démontables et des locaux techniques bien placés facilitent les évolutions. Les escaliers, les ascenseurs et les dégagements doivent enfin pouvoir répondre aux règles de sécurité incendie et d'accessibilité de chacun des usages envisagés, qui ne sont pas les mêmes pour des logements, des bureaux ou un établissement recevant du public.
Le patrimoine existant offre la plus grande réserve d'adaptabilité. À Calais, un ancien atelier de réparation automobile du début des années 1950, en béton, avec des façades de brique et d'enduit, devient un immeuble de six logements en duplex : la structure, la toiture et les matériaux de façade sont conservés, un plancher intermédiaire crée un niveau supplémentaire et les combles sont aménagés en structure bois. À Paris 17e, rue Abel Truchet, un ancien bâtiment d'activités a été transformé et surélevé pour devenir un ensemble tertiaire, avec un socle accueillant du public et des étages de bureaux. À Fontenay-aux-Roses, l'ancienne bibliothèque scolaire du groupe des Pervenches devient le dojo du gymnase rénové et agrandi. À Goussainville, un ancien bâtiment d'habitation vernaculaire accueillera la Maison du Vieux Pays, centre associatif de la commune.
Chacun de ces projets commence par un diagnostic : structure et capacité des planchers, hauteurs, état des façades et des réseaux, présence d'amiante ou de plomb, réglementations applicables au nouvel usage. Les règles d'urbanisme comptent tout autant. Passer d'une destination à une autre, par exemple de l'activité au logement, est un changement de destination soumis à autorisation ; certaines villes, dont Paris, encadrent en outre le changement d'usage des locaux d'habitation. Le législateur a récemment cherché à faciliter la transformation de bureaux en logements, notamment par un permis de construire autorisant des destinations successives.
Dans un projet neuf ou une réhabilitation lourde, quelques dispositions coûtent peu au départ et ouvrent beaucoup de possibilités :
Pour une école, cela signifie des salles capables de changer d'affectation et des locaux partagés entre le temps scolaire et le périscolaire. Pour une résidence de logements sociaux, c'est aussi le choix d'ouvrages qui n'empêcheront pas les interventions suivantes : à Bois-d'Arcy, pour la réhabilitation de la Résidence Robespierre, la stratégie retenue privilégie des ouvrages durables et démontables, compatibles avec de futures interventions.
Ces dispositions ont un coût, généralement modeste au regard de la durée de vie du bâtiment. Il se compare à celui d'une démolition ou d'une restructuration lourde, le jour où les besoins changent.
L'agence étudie la faisabilité de transformations et conçoit des bâtiments évolutifs, qu'il s'agisse de locaux professionnels à Paris, de logements collectifs ou d'équipements publics. Les règles propres aux locaux d'activité sont détaillées dans notre guide Aménager des locaux professionnels. Pour étudier votre bâtiment, contactez l'agence.
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