Des bureaux vides au cœur des villes, des logements qui manquent : transformer des immeubles tertiaires en habitation est devenu une piste sérieuse pour produire des logements sans consommer de nouveaux terrains. Tous les bâtiments ne s'y prêtent pas pour autant. Profondeur des plateaux, lumière, hauteur des étages, réseaux, règles d'urbanisme et de sécurité décident de la faisabilité et du coût. Ce guide présente les points que nous vérifions avant de dessiner, en s'appuyant sur des transformations conduites par l'agence.
La généralisation du télétravail et l'évolution des besoins des entreprises ont laissé une part croissante de bureaux vacants, notamment en Île-de-France, alors que la demande de logements reste forte. Avec l'objectif de zéro artificialisation nette des sols, transformer un bâtiment existant plutôt que construire sur un terrain naturel devient une option d'autant plus intéressante. Conserver la structure, qui pèse lourd dans le bilan carbone d'un bâtiment, réduit aussi l'empreinte de l'opération.
Le législateur a encouragé ce mouvement. Une loi de juin 2025, consacrée à la transformation des bureaux et d'autres bâtiments en logements, permet notamment au maire, sous conditions, d'autoriser un changement de destination vers l'habitation en dérogeant à certaines règles du plan local d'urbanisme. Elle crée aussi un permis de construire à « destinations successives », qui autorise à l'avance plusieurs usages d'un même bâtiment.
Une transformation reste pourtant un projet exigeant, dont la faisabilité se vérifie bâtiment par bâtiment.
Le code de l'urbanisme distingue l'habitation des bureaux, rattachés aux autres activités des secteurs secondaire ou tertiaire. Passer de l'une à l'autre est un changement de destination. Il demande une déclaration préalable, ou un permis de construire s'il s'accompagne de travaux sur la structure porteuse ou sur la façade, ce qui est presque toujours le cas.
Le plan local d'urbanisme doit autoriser l'habitation dans la zone. Il peut imposer :
En copropriété, le règlement peut aussi limiter la destination des lots. À Paris, l'autorisation de changement d'usage, souvent assortie d'une compensation, vise la transformation de logements en bureaux : le mouvement inverse est encouragé.
C'est souvent le premier critère. Un plateau de bureaux atteint fréquemment quinze à dix-huit mètres d'épaisseur, éclairé en partie artificiellement. Un logement, lui, a besoin de lumière naturelle dans le séjour et les chambres. Le cœur des plateaux trop profonds accueille alors les circulations, les salles d'eau et les rangements. On peut aussi creuser des patios ou des failles, ou dessiner des logements traversants ou en duplex.
Une structure en poteaux et poutres laisse une grande liberté de distribution. La trame de la façade fixe en revanche la position des cloisons. Les hauteurs d'étage des bureaux, souvent généreuses, permettent de faire passer les nouveaux réseaux sans sacrifier la hauteur sous plafond. Les charges prévues pour des bureaux sont supérieures à celles des logements : la structure suffit en général, mais chaque nouvelle trémie et chaque balcon ajouté doivent être vérifiés.
Les façades sont souvent à reprendre. Il faut des fenêtres ouvrantes, des protections solaires, de l'intimité et, si possible, des espaces extérieurs : balcons ou loggias. Une façade-rideau ne s'adapte pas toujours et peut devoir être reconstruite.
Chaque logement a besoin de son alimentation en eau, de ses évacuations, de sa ventilation, de son chauffage et de ses compteurs. Cuisines et salles d'eau se regroupent autour de nouvelles gaines verticales, dont la position conditionne tout le plan.
La sécurité incendie change de cadre. Un immeuble de bureaux relève du code du travail ou de la réglementation des établissements recevant du public. Un immeuble de logements relève de la réglementation des bâtiments d'habitation, qui le classe selon sa hauteur et la desserte de ses logements. Selon les cas, les règles d'accessibilité et d'isolation acoustique des logements neufs peuvent aussi s'appliquer : elles se vérifient dès la faisabilité, car elles pèsent sur la distribution.
Les transformations conduites par l'agence portent sur d'autres bâtiments que des bureaux : un atelier, un hôtel, un petit immeuble resté vide. Elles posent pourtant les mêmes questions de lumière, de structure, de réseaux et de règles.
À Calais, en centre-ville et dans le périmètre du site patrimonial remarquable, un ancien atelier de réparation automobile du début des années 1950 devient un immeuble de six logements en duplex. Le bâtiment en béton, aux façades de brique rouge et d'enduit, occupe toute sa parcelle d'angle. Un plancher intermédiaire en béton crée un niveau supplémentaire et les combles sont aménagés en structure bois. Le plancher du rez-de-chaussée est abaissé pour offrir un accès de plain-pied aux logements bas, et un ascenseur dessert les étages. La structure, la toiture et les matériaux de façade sont conservés et nettoyés. Le permis de construire a été accordé en novembre 2025, avec l'accord de l'architecte des Bâtiments de France.
À Bourbonne-les-Bains, en Haute-Marne, l'Établissement public foncier de Grand Est a confié à l'agence une étude de programmation pour la reconversion de l'ancien Refuge des Cheminots, autrefois Grand Hôtel, face à la place des Bains. Plusieurs scénarios de réhabilitation et de démolition-reconstruction ont été comparés. Le programme retenu, d'environ 1 700 m², réunit onze logements sociaux dans le bâtiment sur rue, un tiers-lieu et un bâtiment d'articulation neuf.
À Nanterre, une bâtisse de 1920, dont les logements étaient désaffectés depuis plus de dix ans, accueille désormais cinq logements. Sur une parcelle étroite qui ne permettait ni extension ni surélévation, il a fallu décaisser un sous-sol semi-enterré et reprendre les fondations pour gagner en hauteur et créer des espaces extérieurs.
Les difficultés rencontrées dans les transformations plaident pour anticiper dès la construction. Quelques paramètres facilitent un changement d'usage futur :
Pour nous, l'adaptabilité est essentielle à une architecture durable. Mais une réversibilité totale entre des programmes très différents a un coût et peut appauvrir le projet. Nous la pensons d'abord au sein d'un même usage, et nous anticipons ces paramètres quand un changement d'usage est plausible.
Avant tout engagement, l'agence réalise une étude de faisabilité : relevé et diagnostic du bâtiment, analyse des règles d'urbanisme, scénarios de distribution des logements et estimation des travaux. Découvrez nos projets de logements collectifs à Paris et de locaux professionnels, ou contactez l'agence.
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