Bois, paille, chanvre, terre crue, pierre, matériaux de réemploi : la palette de l'architecture s'élargit, portée par les exigences carbone et par un intérêt renouvelé pour les savoir-faire. Mais aucun matériau n'est vertueux en soi. Il l'est à sa place, là où ses qualités servent le bâtiment et où ses limites, face à l'eau, au feu ou au bruit, sont maîtrisées. Ce guide présente les grandes familles de matériaux, leurs usages pertinents et les conditions d'un réemploi réussi, à partir de nos chantiers.
Chaque matériau a ses qualités et ses faiblesses. Le bois est léger, porteur et renouvelable, mais craint l'humidité durable. La terre crue régule l'hygrométrie et apporte de l'inertie, mais doit être protégée de l'eau. Le béton est résistant, incombustible et lourd, ce qui sert l'acoustique et le confort d'été, mais son ciment pèse lourd dans le bilan carbone. Choisir, c'est faire correspondre ces propriétés aux besoins de chaque partie de l'ouvrage : fondations et parties enterrées, structure, planchers séparatifs, façades exposées à la pluie, isolation, cloisons, finitions.
Ce raisonnement conduit souvent à des systèmes mixtes plutôt qu'à un matériau unique. À Gometz-le-Châtel, l'extension de l'école maternelle Pablo-Neruda est conçue en structure mixte bois-béton, et son nouveau préau associe le bois et l'acier.
Les matériaux biosourcés sont issus de la biomasse végétale ou animale : bois, paille, chanvre, lin, liège, ouate de cellulose issue du papier recyclé, fibre de bois, laine de mouton. Ils stockent, pendant leur durée de vie, le carbone absorbé par la plante, et demandent souvent peu d'énergie de fabrication. Beaucoup sont à la fois hygroscopiques et denses, ce qui les rend performants pour le confort d'été.
Leurs usages sont variés :
Ils demandent une attention particulière aux détails : protection contre la pluie et les remontées d'humidité, traitement des jonctions, comportement au feu en façade, acoustique des structures légères. Leur mise en œuvre relève de règles professionnelles ou d'évaluations techniques qu'il faut vérifier pour chaque produit et chaque usage.
Au 8 rue Ernestine, à Paris 18e, la réhabilitation d'un immeuble de logements sociaux pour Paris Habitat associe une isolation en fibre de bois sous enduit sur la façade sur cour et des menuiseries neuves en bois. À Gometz-le-Châtel, le bois tient une place centrale, en bardage, en menuiseries et en mobilier intégré dans les couloirs et les classes, avec du linoléum au sol.
Les matériaux géosourcés sont issus du sol et peu transformés : terre crue, en briques, en pisé, en bauge ou en enduits, et pierre. La terre crue n'est pas cuite : elle consomme très peu d'énergie et peut redevenir de la terre en fin de vie. Elle régule l'humidité et apporte de l'inertie, ce qui la destine aux cloisons, aux murs intérieurs et aux enduits, à condition de la protéger de l'eau en pied comme en tête de mur. La pierre, massive et durable, retrouve sa place en maçonnerie porteuse et en parement.
Dans les bâtiments anciens, le respect des maçonneries existantes relève de la même logique : un mur de pierre ou de moellons doit pouvoir sécher, ce qui suppose des enduits perméables à la vapeur d'eau, à la chaux plutôt qu'au ciment. À Mareuil-sur-Lay, en Vendée, la réhabilitation d'une dépendance ancienne en chambres d'hôtes conserve ainsi ses murs de moellons de pierre calcaire.
Le réemploi consiste à utiliser de nouveau un produit pour un usage identique, sans qu'il soit passé par le statut de déchet : une porte, un garde-corps, un parquet, des pierres. La réutilisation concerne un produit devenu déchet, préparé pour servir à nouveau. Le recyclage, lui, transforme la matière pour fabriquer un nouveau produit, au prix d'une dépense d'énergie. Le réemploi sur place est le plus sobre : il évite à la fois la fabrication et le transport.
Le réemploi ne s'improvise pas en fin de chantier. Il commence par l'inventaire des ressources du bâtiment : pour les opérations importantes, un diagnostic portant sur les produits, équipements, matériaux et déchets (PEMD) est d'ailleurs obligatoire avant une démolition ou une rénovation significative. Viennent ensuite la dépose soignée, le stockage, le contrôle de l'état et des performances des éléments, leur intégration au dossier de consultation des entreprises, puis l'accord du bureau de contrôle et des assureurs. Des plateformes et des ressourceries de matériaux permettent aussi de s'approvisionner en éléments issus d'autres chantiers.
Nos projets récents en donnent plusieurs exemples. Rue Berzélius, à Paris 17e, les garde-corps des 81 balcons réparés pour Paris Habitat sont conservés en totalité et reçoivent de nouvelles fixations. Villa Jean Godard, à Paris 12e, la réhabilitation conserve les parquets, une partie des portes intérieures et six salles d'eau, et une notice de réemploi recense les éléments conservés ou réutilisés. À Goussainville, les moellons de pierre issus de la démolition d'une aile de l'Espace hybride du Vieux Pays sont réemployés sur place pour construire le nouveau local commercial, en structure bois, acier et pierre. À Dugny, une démarche de réemploi accompagne, dès le diagnostic, la réhabilitation de la cité-jardin du Moulin.
Pour comparer des solutions, plusieurs critères se croisent :
Le coût, enfin, s'apprécie sur la durée de vie de l'ouvrage, et pas seulement à l'achat.
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