Un bâtiment émet des gaz à effet de serre bien avant d'être habité : extraction et fabrication des matériaux, transport, chantier, puis entretien et fin de vie. Dans un bâtiment neuf performant, cette part « grise » pèse souvent davantage, sur sa durée de vie, que l'énergie consommée pour le chauffer. Construire bas carbone, c'est réduire l'ensemble de ces émissions, en commençant par une question simple : faut-il construire ? Ce guide présente la méthode de calcul, les obligations de la RE2020 et les leviers que nous mobilisons, du programme au chantier.
L'empreinte carbone d'un bâtiment se décompose en deux grandes parts. La première tient à sa construction : extraction des matières premières, fabrication des produits et des équipements, transport, chantier, remplacements au fil des années, puis démolition et traitement des déchets. On parle de carbone « gris » ou intrinsèque. La seconde tient à son exploitation : l'énergie consommée pour le chauffage, l'eau chaude, la ventilation, l'éclairage ou le rafraîchissement.
Pendant longtemps, la réglementation s'est concentrée sur la seconde. Les bâtiments neufs consommant désormais peu d'énergie, et souvent une énergie moins carbonée, la part de la construction est devenue prépondérante. Réduire l'empreinte d'un bâtiment, c'est donc agir d'abord sur ce que l'on construit et sur la quantité de matière mise en œuvre.
L'outil de mesure est l'analyse du cycle de vie (ACV) du bâtiment. Elle additionne les impacts de chaque produit et de chaque équipement sur une durée de référence de cinquante ans. Ces impacts sont décrits par des fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) pour les produits de construction, et par des profils environnementaux (PEP) pour les équipements, rassemblés dans la base nationale INIES. Lorsqu'un produit n'en dispose pas, le calcul retient des valeurs par défaut volontairement pénalisantes : choisir des produits documentés fait partie du travail de conception.
Depuis 2022, la réglementation environnementale RE2020 s'applique aux constructions neuves de logements, puis aux bureaux et aux bâtiments d'enseignement, avant d'avoir été étendue à d'autres bâtiments tertiaires. Elle a remplacé la RT2012 et poursuit trois objectifs : la sobriété énergétique, la baisse de l'impact carbone et le confort d'été.
Pour le carbone, elle fixe deux indicateurs. Ic énergie mesure l'impact des consommations sur cinquante ans. Ic construction mesure celui des produits, des équipements et du chantier, en kilogrammes équivalent CO2 par mètre carré. Le seuil d'Ic construction se resserre par paliers, en 2025, 2028 et 2031 : pour un immeuble de logements, il doit baisser d'environ un tiers entre 2022 et 2031. La méthode de calcul, dite dynamique, donne plus de poids aux émissions d'aujourd'hui qu'à celles de demain, ce qui valorise le carbone stocké temporairement dans les matériaux biosourcés.
La RE2020 ne s'applique pas à la rénovation, qui relève de la réglementation thermique des bâtiments existants. Rien n'empêche cependant de conduire une analyse du cycle de vie sur un projet de réhabilitation, pour comparer des scénarios ou viser un label bas carbone.
Le mètre carré le moins carboné est celui que l'on ne construit pas. Une réhabilitation conserve les fondations, la structure et les planchers, qui concentrent une grande part des émissions d'une construction neuve. Avant toute décision de démolir, nous comparons donc les scénarios : réhabiliter, transformer, surélever ou reconstruire.
Cette posture guide nos projets de logements sociaux. À Dugny, pour Seine-Saint-Denis Habitat, la réhabilitation en site occupé des 398 logements de la cité-jardin du Moulin, conçue par Félix Dumail, vise le niveau DPE B, avec un raccordement au réseau de chaleur géothermique ; une démarche de réemploi des matériaux accompagne les études dès le diagnostic, avec un bureau d'études spécialisé en économie circulaire. Villa Jean Godard, à Paris 12e, l'immeuble de 1904 réhabilité pour Elogie-Siemp conserve ses parquets, une partie de ses portes intérieures et six salles d'eau, et une notice de réemploi recense les éléments conservés ou réutilisés. Au 8 rue Ernestine, à Paris 18e, un immeuble de logements sociaux entièrement vacant est réhabilité pour Paris Habitat : fondations reprises en sous-œuvre, isolation en fibre de bois sous enduit sur la façade sur cour, menuiseries neuves en bois. Rue Berzélius, à Paris 17e, les 81 balcons d'une résidence des années 1960 sont réparés, et leurs garde-corps d'origine conservés en totalité.
Pour les opérations importantes, un diagnostic portant sur les produits, équipements, matériaux et déchets (PEMD) est obligatoire avant une démolition ou une rénovation significative. C'est aussi un inventaire des ressources que le projet pourra réemployer.
La quantité de matière dépend d'abord du projet lui-même. Quelques choix pèsent lourd dans le bilan :
L'énergie compte aussi. Un bâtiment qui a peu de besoins, desservi par une énergie décarbonée, réseau de chaleur ou pompe à chaleur, limite son impact carbone d'exploitation.
Les matériaux biosourcés, bois, paille, chanvre, fibre de bois, ouate de cellulose, stockent du carbone et demandent souvent peu d'énergie de fabrication. Les matériaux géosourcés, terre crue et pierre, sont peu transformés. Le réemploi évite la fabrication de produits neufs. Le béton reste utile là où ses qualités sont nécessaires, fondations, parties enterrées, planchers séparatifs, et des ciments moins riches en clinker en réduisent l'impact.
Notre position est celle du bon matériau au bon endroit, sans dogme. À Gometz-le-Châtel, la réhabilitation de l'école maternelle Pablo-Neruda fait une place centrale au bois : bardage, menuiseries, mobilier intégré, et une extension en structure mixte bois-béton. À Goussainville, les moellons de pierre d'une aile démolie de l'Espace hybride du Vieux Pays sont réemployés sur place pour construire le nouveau local commercial.
La construction bas carbone n'est pas une fin en soi : c'est un moyen d'obtenir une architecture plus responsable, que nous favorisons lorsqu'elle sert le projet et le lieu. Elle se joue à chaque étape. Au programme, nous fixons les objectifs avec le maître d'ouvrage. En esquisse et en avant-projet, nous comparons des variantes avec les bureaux d'études. Au dossier de consultation, nous précisons les exigences sur les produits et leurs fiches environnementales. Au chantier, nous veillons à ce que les substitutions de produits ne dégradent pas le bilan. Un label peut formaliser cette démarche, à condition qu'il serve le projet plutôt que l'inverse.
L'agence conçoit et réhabilite des logements collectifs et des équipements publics en intégrant l'analyse du cycle de vie dès les premières esquisses. Pour une maison individuelle, voyez aussi notre guide Construire une maison écologique. Pour parler de votre projet, contactez l'agence.
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