Un projet urbain change le quotidien de ceux qui habitent un quartier, y travaillent ou le traversent. Les associer est parfois une obligation, toujours une condition de réussite : les habitants connaissent les usages mieux que quiconque, et un projet compris a plus de chances d'être approprié. Encore faut-il dire clairement ce qui est ouvert à la discussion, choisir des outils adaptés à chaque étape et rendre compte de ce qui a été entendu. Voici comment nous concevons et animons ces démarches aux côtés des collectivités.
Un diagnostic dressé seulement depuis les plans et les statistiques passe à côté de l'essentiel : la manière dont les lieux sont réellement vécus. Où traverse-t-on hors des passages piétons ? Quel banc est toujours occupé, quelle placette toujours vide ? Quel commerce fait vivre la rue ? Les habitants détiennent cette connaissance d'usage, et la partager rend le projet plus juste.
Associer les habitants, c'est aussi donner au projet une légitimité. Un aménagement dont on a compris les raisons, et dont on a pu discuter les choix, est mieux accepté pendant le chantier et mieux approprié ensuite. À l'inverse, une concertation d'affichage, menée une fois les décisions prises, produit de la défiance. La première règle est donc de dire honnêtement ce qui est ouvert à la discussion et ce qui ne l'est pas : le périmètre, le budget, les contraintes techniques ou réglementaires.
Le code de l'urbanisme impose une concertation associant les habitants pendant toute l'élaboration de certains projets : schéma de cohérence territoriale et plan local d'urbanisme, création d'une zone d'aménagement concerté, opérations qui modifient de façon substantielle le cadre de vie, projets de renouvellement urbain. La collectivité en fixe les modalités, puis en tire le bilan.
Le code de l'environnement prévoit d'autres procédures pour les plans et les projets soumis à évaluation environnementale : concertation préalable, parfois sous l'égide d'un garant, débat public pour les plus grands projets, enquête publique ou participation du public par voie électronique avant l'autorisation. Dans les quartiers en renouvellement urbain, les conseils citoyens et les maisons du projet complètent le dispositif.
Ces obligations fixent un minimum. La qualité d'une démarche tient surtout à ce que l'on construit au-delà : la diversité des publics touchés, la place laissée aux propositions, la suite donnée aux contributions.
On parle souvent d'une échelle de la participation : informer, consulter, concerter, co-construire. En pratique, une même démarche passe par plusieurs de ces niveaux, et chaque temps appelle ses outils. À Massy, pour l'étude de renouvellement du quartier Villaine, menée en 2019 et 2020 au sein d'une équipe dont Paris U était mandataire, avec CapaCités et AltoStep, la concertation suivait ainsi quatre temps, chacun avec des outils adaptés.
Affiches, courriers, réseaux sociaux, relais des associations, des écoles et des gardiens : l'enjeu est d'aller au-delà des habitués des réunions publiques. Les horaires et les lieux comptent autant que les messages.
Les conversations de rue et les balades urbaines recueillent la parole de ceux qui ne viennent pas en réunion. À Marcheprime, en Gironde, le diagnostic de l'étude urbaine et paysagère conduite en 2022 avec Paris U et Complémenterre a été mené notamment en marchant avec les habitants, pour repérer les obstacles qui entravent leurs trajets quotidiens.
Les ateliers réunissent habitants, services de la ville et partenaires autour de supports concrets. À Poissy, pour l'étude stratégique et de gestion urbaine de proximité du quartier Beauregard engagée par la Ville en 2014, l'agence a participé à l'animation de nombreux ateliers thématiques réunissant bailleurs, services de la ville et habitants, et a conçu les supports qui servaient de base aux échanges, comme une carte de l'accessibilité du quartier : lignes de bus, rayon de 300 mètres autour des arrêts, trajets piétons vers la gare et le centre-ville.
La restitution rend compte de ce qui a été entendu, de ce qui a été retenu et de ce qui ne l'a pas été, avec les raisons. À Massy, la première phase de l'étude s'est achevée par une réunion de restitution avec les habitants impliqués. À Raismes, dans le Nord, le diagnostic du plan de paysage communal, élaboré en 2021 avec l'Atelier Polis et l'écologue Zoom, a été partagé avec les habitants lors d'un atelier et d'une promenade biodiversité, puis avec les élus, avant d'aboutir à un plan d'action.
La carte et la maquette donnent un langage commun. On y situe son logement, ses trajets, les lieux que l'on aime ou que l'on évite. Elles permettent aussi de tester des hypothèses : déplacer une entrée, élargir un trottoir, planter une rue.
Le récit et l'image ouvrent la parole à d'autres publics. Entre décembre 2016 et avril 2017, l'agence a animé à Bagnolet, avec l'association Cités m'étaient contées, des ateliers avec les habitants des quartiers Plateau et Malassis. Plus de 300 photographies prises par les habitants, titrées et légendées, ont été mises en scène par un artiste plasticien. Des ateliers contes invitaient chacun à raconter son quartier à travers un personnage et son trajet, et des ateliers traversées à mesurer la ville à l'échelle du corps.
Les outils numériques, questionnaires et cartes en ligne, élargissent la participation, mais ne remplacent pas la rencontre : une partie de la population n'y a pas accès ou ne s'y sent pas à l'aise. Pour atteindre les jeunes, les actifs ou les personnes qui maîtrisent mal le français, il faut multiplier les formats et aller là où ils sont.
Chaque contribution doit pouvoir être retrouvée : comptes rendus diffusés, synthèses illustrées, tableau de ce qui a été retenu. Cette traçabilité protège la démarche et la collectivité. Elle prépare aussi la suite, car un projet urbain s'étend sur des années : il faut tenir les habitants informés pendant les études, le chantier et les premiers temps d'usage, et revenir vers eux quand le projet évolue.
Urbanistes et architectes, nous concevons les démarches de concertation, en animons les temps forts et produisons les supports qui rendent le projet lisible, seuls ou aux côtés de spécialistes de la participation. Découvrez nos études pour les collectivités, notamment dans les Yvelines, le guide Cartographier un territoire, ou contactez l'agence.
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