Avant de transformer un territoire, il faut le comprendre et le faire comprendre. La carte est pour cela un outil irremplaçable : elle superpose le relief, l'eau, le bâti, les usages et les projets, révèle ce que la visite seule ne montre pas et donne aux élus, aux techniciens et aux habitants une base commune pour discuter. Encore faut-il choisir les bonnes données, la bonne échelle et une représentation lisible. Voici comment nous mettons la cartographie au service des projets de territoire.
La carte n'est pas une simple illustration du diagnostic : elle en est souvent le cœur. En superposant des informations de nature différente, elle fait apparaître des relations que les tableaux et les textes dissimulent : un quartier coupé de sa rivière par une infrastructure, des équipements concentrés d'un seul côté d'une voie ferrée, des terres agricoles grignotées par des extensions successives. Elle situe aussi chaque projet dans un ensemble plus large.
Nous travaillons à plusieurs échelles, en allant de l'une à l'autre : le grand territoire et ses structures, relief, eau, infrastructures et grands paysages ; la commune et ses quartiers ; l'îlot et la parcelle, où se jouent les règles d'urbanisme et les projets de construction. Une question posée à une échelle trouve souvent sa réponse à une autre.
Un territoire se comprend aussi par son histoire. Les cartes anciennes, carte de Cassini, carte d'état-major ou cadastre napoléonien, et les photographies aériennes des décennies passées montrent comment la ville s'est formée, ce qui a disparu et ce qui a résisté. L'IGN met une grande partie de ces documents en ligne dans son service « Remonter le temps », qui permet de comparer un même lieu à plusieurs dates.
Pour le plan de paysage de Raismes, dans le Nord, élaboré en 2021 avec l'Atelier Polis et l'écologue Zoom, le diagnostic retrace ainsi l'évolution de la commune tous les trente ans, en 1930, 1960, 1990 et 2020. Il découpe ensuite le territoire en unités urbaines, définies par leurs formes, leurs densités et leur relation à la forêt et aux terres agricoles. Ces cartes ont été partagées avec les habitants lors d'un atelier et d'une promenade consacrée à la biodiversité, puis avec les élus.
Une grande partie des données utiles à un diagnostic territorial est aujourd'hui en accès libre :
Ces données ont chacune leur date, leur précision et leurs limites. Nous les croisons dans un système d'information géographique, sur QGIS ou ArcGIS, et nous les confrontons au terrain : une base de données ne dit pas si une friche est occupée, si un chemin est réellement fréquenté ou si une haie a disparu. Chaque carte mentionne ses sources et leur date.
Une carte est un choix. Ce que l'on montre, la hiérarchie des informations, les couleurs et les symboles orientent la lecture. La sémiologie graphique, formalisée par le cartographe Jacques Bertin à la fin des années 1960, reste notre référence : une variable visuelle par information, peu de couleurs, une hiérarchie claire. L'essentiel d'une bonne carte se lit sans légende, le détail avec elle.
Représenter des projets demande une attention particulière, parce qu'ils s'étendent sur des décennies et n'ont pas tous le même degré de définition. Pour l'atlas « Pau 2030, un atlas pour demain », conçu avec le philosophe Jean Attali et la photographe Jacqueline Trichard, l'agence a réalisé en 2016 une série de treize cartes à plusieurs échelles. Elles explorent des situations urbaines paloises et donnent à voir les grands projets de la ville à l'horizon 2030. La carte de référence s'inspire du plan d'aménagement, d'embellissement et d'extension dressé pour Pau par Léon Jaussely en 1928. Imprimées sur bois, les cartes ont aussi été présentées sur une table de deux mètres sur deux à la mairie : un outil de transmission des connaissances et des projets autant qu'un document.
La carte devient un outil de dialogue lorsqu'on la met entre les mains des habitants. Lors d'ateliers cartographiques, chacun situe son logement, ses trajets quotidiens, les lieux qu'il aime et ceux qu'il évite. Ces cartes sensibles complètent les données statistiques par ce que seuls les usagers savent.
À Bagnolet, entre décembre 2016 et avril 2017, l'agence a animé avec l'association Cités m'étaient contées des ateliers avec les habitants des quartiers Plateau et Malassis. Les ateliers contes commençaient par un repérage sur une carte : où sommes-nous, où habitent les participants, quels trajets font-ils chaque jour ? Chacun inventait ensuite un personnage dont le trajet jusqu'à un lieu de valeur du quartier devenait un récit. Plus de 300 photographies prises, titrées et légendées par les habitants ont formé une œuvre collective.
Les cartes produites pendant une étude ne s'arrêtent pas au diagnostic. Elles fondent les orientations d'aménagement et de programmation d'un plan local d'urbanisme, les objectifs d'un plan de paysage ou le phasage d'un projet urbain. Pour le plan de paysage de l'Anjou Bleu, dans le Maine-et-Loire, l'agence a travaillé sur un territoire structuré par le bocage et par d'anciennes villes closes dont les remparts restent perceptibles. L'étude s'attache à comprendre les milieux urbains comme ruraux, les espaces remarquables comme ceux du quotidien, pour que chacun mesure les effets de ses actions et que les acteurs s'accordent sur un développement partagé.
La carte nourrit aussi la recherche. Les travaux de Florian Julien, cofondateur de l'agence, sur la croissance des périphéries de Bamako, au Mali, reposent sur la lecture comparée de deux logiques : la régularité géométrique des extensions planifiées et les établissements qui s'égrènent le long des grands axes, là où circulent les ressources.
L'agence réunit architectes, urbanistes et graphistes : la conception des cartes, leur mise en page et leur édition sont réalisées en interne, du diagnostic à l'atlas. Découvrez nos missions pour les collectivités, notamment dans les Yvelines, le guide Élaborer un plan de paysage, ou contactez l'agence.
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