Les vagues de chaleur se multiplient et s'intensifient, et la ville les amplifie : les sols minéraux et les façades stockent la chaleur le jour et la restituent la nuit, au moment où les habitants auraient besoin de récupérer. Les enfants, les personnes âgées et les personnes isolées y sont les plus exposés. Rafraîchir la ville ne demande pas d'abord des équipements, mais un projet d'espace public : planter, ombrager, rendre l'eau présente, choisir les matériaux et préserver ce qui rafraîchit déjà. Voici comment nous abordons ces questions avec les collectivités.
On parle d'îlot de chaleur urbain pour désigner l'écart de température entre une ville et la campagne qui l'entoure. Il est surtout marqué la nuit : les matériaux minéraux, qui ont accumulé la chaleur du soleil pendant la journée, la restituent lentement, et la température baisse peu. Plusieurs facteurs s'additionnent :
À l'échelle du piéton, ce qui compte n'est pas seulement la température de l'air. Une place en plein soleil, revêtue d'enrobé, rayonne une chaleur que l'on ressent fortement, même lorsque l'air n'est guère plus chaud qu'ailleurs. C'est à cette échelle, celle de la rue, de la cour et de l'arrêt de bus, que se joue le confort d'été. Le plan national d'adaptation au changement climatique demande désormais de se préparer à un réchauffement de 4 °C en France métropolitaine d'ici la fin du siècle : les épisodes de chaleur que nous connaissons aujourd'hui deviendront ordinaires.
Le diagnostic croise deux lectures. La première est physique : cartes de températures de surface tirées des images satellites, relevés de terrain, analyse des matériaux, des ombres portées et de la végétation existante. La seconde est sociale : où vivent et circulent les personnes vulnérables, où se trouvent les écoles, les crèches, les établissements pour personnes âgées, les marchés, les arrêts de transport, tous les lieux où l'on attend debout.
On y ajoute le repérage des îlots de fraîcheur existants : parcs, cœurs d'îlots plantés, berges, coulées vertes, cours ombragées. Ils sont la première ressource à préserver, bien avant les aménagements nouveaux.
L'ombre est le levier le plus efficace et le plus immédiat. Un arbre à grand développement ombrage une surface considérable et rafraîchit l'air par évapotranspiration, à condition de disposer d'un volume de terre suffisant et d'eau : c'est pourquoi la plantation se pense avec la désimperméabilisation des sols. Là où un arbre ne peut pas pousser, des auvents, des pergolas, des préaux ou des toiles tendues apportent une ombre rapide.
La végétation rafraîchit d'autant plus qu'elle est diversifiée et étagée : strate herbacée, arbustes, arbres. L'eau de pluie gérée en surface, dans les noues et les bandes plantées, alimente ces plantations au lieu de partir dans les réseaux. Les fontaines et les jeux d'eau apportent un rafraîchissement ponctuel apprécié, mais leur consommation doit rester maîtrisée en période de restrictions.
Un revêtement clair réfléchit davantage le rayonnement et chauffe moins, mais il peut éblouir et renvoyer la chaleur vers les passants et les façades. Un sol perméable et humide se rafraîchit par évaporation. Le choix se fait donc au cas par cas, en considérant la journée entière et l'usage de chaque espace, plutôt qu'en appliquant une règle unique.
À l'échelle d'un quartier, l'orientation des rues, l'espacement et la hauteur des bâtiments, la continuité des espaces plantés influencent la ventilation et l'ombre. Dans les opérations d'aménagement, ces paramètres se fixent dès le plan-guide et les fiches de lots, bien avant le dessin des bâtiments.
Les cours d'école sont souvent les espaces les plus minéraux d'un quartier, et elles accueillent un public particulièrement sensible à la chaleur. Le programme parisien des cours « Oasis », lancé en 2018, a popularisé leur transformation : moins d'enrobé, plus de terre, d'arbres et d'ombre, des jeux plus variés, et parfois une ouverture au quartier en dehors du temps scolaire.
À Viry-Châtillon, l'agence a transformé la cour de l'école maternelle Charles-Perrault en cour « Oasis », dans la continuité de la réhabilitation de l'école. La cour ne comptait que trois arbres et trois jeux posés sur des sols amortissants vieillissants. Elle offre désormais des jeux de parcours en bois, des bandes plantées et une palette végétale diversifiée qui créent des îlots de fraîcheur, des zones de copeaux, un petit amphithéâtre extérieur et un préau d'environ 140 m², espace couvert mais ouvert pour les jours de pluie. Le projet a été conduit en mission complète pour la Ville, avec le bureau d'études NEPSEN.
Un îlot de fraîcheur isolé ne suffit pas : il faut pouvoir l'atteindre. Nous travaillons à relier les lieux frais par des parcours ombragés, à protéger les arrêts de bus et les traversées exposées, à planter les cours et les parvis des équipements publics.
Préserver ce qui fonctionne est souvent le premier geste. À Massy, le quartier Villaine, construit dans les années 1970 autour d'une coulée verte, est l'un des plus arborés de la ville ; l'étude de renouvellement urbain à laquelle l'agence a participé, au sein d'une équipe dont Paris U était mandataire, cherchait à renouveler ses espaces publics tout en préservant les qualités appréciées par ses habitants, la végétation et les cheminements piétons.
Dans les quartiers neufs, la fraîcheur se programme. À Gennevilliers, la ZAC Centre-Ville poursuit l'ambition d'une « cité-jardin contemporaine », où la densité urbaine s'accorde avec une végétation généreuse ; dans la deuxième phase, les bandes plantées et la désimperméabilisation des espaces publics répondent aux enjeux d'îlots de chaleur et de biodiversité.
L'agence accompagne les collectivités du diagnostic thermique et social à la conception des espaces publics, des cours d'école et des parvis d'équipements, en associant architecture, urbanisme et paysage. Découvrez nos équipements publics en Essonne, nos missions pour les collectivités des Hauts-de-Seine, notre guide pour programmer un équipement public, ou contactez l'agence.
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