Café associatif, ateliers partagés, salle polyvalente, bureaux mutualisés, commerce de proximité : le tiers-lieu réunit sous un même toit des usages que la ville sépare d'ordinaire. De nombreuses communes y voient un moyen de redonner vie à un bâtiment vacant ou à un cœur de bourg. Mais un tiers-lieu ne se décrète pas : il naît d'un collectif, d'un programme ouvert et d'un bâtiment capable d'évoluer avec ses usages. Voici comment nous accompagnons les collectivités, de la préfiguration à l'ouverture.
L'expression vient du sociologue américain Ray Oldenburg, qui désignait à la fin des années 1980 ces lieux de sociabilité situés entre le domicile et le travail. En France, elle recouvre aujourd'hui des réalités très diverses : espaces de coworking, ateliers et fablabs, cafés associatifs, recycleries, friches culturelles, lieux de services au public. Leur point commun tient moins à un programme qu'à une manière de fonctionner : des usages mêlés, des publics variés et une communauté qui anime le lieu et le fait évoluer.
Depuis 2019, l'État soutient leur développement, notamment par le programme « Nouveaux lieux, nouveaux liens » et l'appel à manifestation d'intérêt « Fabriques de territoire ». Le réseau France Tiers-Lieux et les réseaux régionaux accompagnent les porteurs de projet et les collectivités.
C'est la première question que nous posons à une collectivité : qui fera vivre le lieu ? Un bâtiment rénové, même bien dessiné, reste vide si personne ne s'en empare. Le collectif porteur, qu'il s'agisse d'une association, d'une coopérative, d'une entreprise de l'économie sociale et solidaire ou d'un groupement d'acteurs locaux, doit exister ou se constituer avant que le programme ne soit figé.
La préfiguration sert à cela. Elle réunit les futurs usagers, recense les initiatives déjà présentes sur le territoire, teste des activités et vérifie qu'elles répondent à une demande réelle. À Stains, en 2018, l'agence a participé à la préfiguration d'un pôle de services et d'économie sociale et solidaire sur le site de l'ancien collège Thorez, pour Plaine Commune, au sein d'une équipe conduite par CapaCités avec FinaCoop et Le Phare. L'étude comparait plusieurs scénarios de répartition des programmes entre les structures appelées à s'y installer : bureaux et espaces partagés, ateliers, dont un atelier vélos, salles de formation, crèche, cuisine et réfectoire ouvert au coworking.
Le programme d'un tiers-lieu n'est pas celui d'un équipement classique : il doit laisser de la place à des usages qui n'existent pas encore. Nous le construisons en trois cercles :
La salle partagée mérite une attention particulière. Lorsqu'elle sert à la fois aux événements de la commune et aux activités du tiers-lieu, ses règles d'usage, planning, instance de décision et contributions financières, doivent être écrites dès le programme. Elles évitent les conflits d'occupation une fois le lieu ouvert.
Plusieurs montages sont possibles. Le choix dépend des acteurs présents et de l'implication que la collectivité souhaite garder :
Quel que soit le montage, l'exploitant gagne à être désigné avant la fin des travaux, pour préparer son installation et ajuster les derniers aménagements. À Goussainville, la Ville a ainsi lancé un appel à projets pour choisir l'exploitant du local commercial que nous construisons au cœur du Vieux Pays, alors que le chantier est en cours.
Le bâtiment doit accompagner un projet appelé à changer. Dans nos études de programmation, nous recommandons de livrer une partie des surfaces en coque aménageable : structure confortée, enveloppe isolée, accessibilité et sécurité incendie traitées, réseaux et gaines en attente, mais cloisons, mobilier et équipements laissés au futur occupant. Les points porteurs sont réduits pour garder des plateaux libres. Cette réserve de flexibilité coûte peu au départ et évite de défaire des aménagements qui ne correspondent plus aux usages.
Les accès comptent autant que les surfaces. Un commerce a besoin d'une entrée sur rue et d'une vitrine, une salle polyvalente d'un accès indépendant pour les soirées, et l'ensemble d'un lieu d'accueil qui distribue les espaces et donne envie d'entrer.
À Bourbonne-les-Bains, pour l'Établissement public foncier de Grand Est, l'agence a étudié la reconversion de l'ancien Refuge des Cheminots, autrefois Grand Hôtel, face à la place des Bains. Établi en concertation avec la Ville et Hamaris Immobilier, le programme retenu associe onze logements sociaux et un tiers-lieu réunissant café-restaurant, cellules commerciales, salle polyvalente et espace de coworking, reliés par un bâtiment d'articulation neuf. Le jardin, la terrasse et la cour sont réaménagés et mis à disposition du tiers-lieu.
Les tiers-lieux s'installent souvent dans des bâtiments chargés d'histoire : une ferme, une école, un hôtel, une maison de bourg. Leur réhabilitation participe à l'identité du lieu et à la sobriété du projet.
À Goussainville, l'Espace hybride du Vieux Pays associe la réhabilitation d'un bâtiment vernaculaire, qui accueillera la Maison du Vieux Pays, centre associatif communal avec salles polyvalentes et espace d'exposition, et la construction d'un local commercial en bois, acier et pierre. Les moellons issus de la démolition d'une aile sont réemployés sur place. Le chantier, conduit en site occupé, prévoit une livraison par phases jusqu'en 2027.
À Bruyères-le-Châtel, les Fermettes, quatre bâtiments agricoles en pierre du parc du château, deviennent un pôle culturel ouvert aux habitants, aux associations et aux visiteurs. Organisé autour d'une place de village, il réunit une cafétéria avec comptoir extérieur, un bureau associatif et une salle polyvalente reliée à une scène extérieure.
Un tiers-lieu se construit avec ses futurs usagers : ateliers de programmation, ouvertures temporaires du site, événements de préfiguration, présentations publiques des esquisses. Ces moments font connaître le projet, attirent de nouveaux porteurs d'activités et permettent d'ajuster le programme avant les travaux. Les lieux de dialogue entre une ville et ses habitants relèvent de la même démarche : à Suresnes, la Maison du tourisme et des projets, que l'agence a aménagée au rez-de-chaussée du Château de la Grève, accueille des temps de concertation et des présentations de projets urbains.
Architectes et urbanistes, nous accompagnons les collectivités de la préfiguration au programme, puis dans la maîtrise d'œuvre du bâtiment. Découvrez nos missions pour les collectivités de Seine-Saint-Denis, nos équipements publics en Essonne, le guide Revitaliser un centre-ville, ou contactez l'agence.
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