Entrées de ville banalisées, lisières agricoles grignotées, bourgs qui perdent leur silhouette, transition énergétique qui transforme les horizons : le paysage change, souvent sans que personne ne l'ait décidé. Le plan de paysage permet à une commune ou à une intercommunalité de reprendre la main. Démarche volontaire soutenue par le ministère chargé de l'environnement, il réunit élus, habitants et acteurs du territoire autour d'un diagnostic, d'objectifs de qualité paysagère et d'un plan d'action. Voici comment nous le conduisons.
Le plan de paysage est un outil de projet, pas un document réglementaire. Il découle de la Convention européenne du paysage, adoptée en 2000 et ratifiée par la France en 2006, qui considère que le paysage concerne tout le territoire, ordinaire comme remarquable, et qu'il est l'affaire de tous. Le ministère chargé de l'environnement soutient la démarche depuis 2013 par un appel à projets national, qui accompagne chaque année des territoires lauréats : intercommunalités, parcs naturels régionaux, communes, syndicats de SCoT. Un club national des plans de paysage permet aux territoires d'échanger leurs expériences.
Le plan de paysage n'a pas de valeur opposable par lui-même. Sa force tient à ce qu'il est construit avec les acteurs du territoire et qu'il se traduit ensuite dans les documents d'urbanisme, les projets d'aménagement et les politiques publiques. Les objectifs de qualité paysagère qu'il définit peuvent être repris dans le schéma de cohérence territoriale et dans les orientations d'aménagement et de programmation d'un PLU ou d'un PLUi.
Le plan de paysage se conduit à l'échelle d'un territoire cohérent du point de vue paysager, qui ne coïncide pas toujours avec les limites administratives : une vallée, un plateau agricole, une agglomération et ses franges. L'intercommunalité est souvent la bonne échelle, parce qu'elle porte le PLUi ou le SCoT et peut traduire les objectifs dans ses politiques. Une commune peut aussi s'engager seule lorsque son territoire présente une unité forte, comme Raismes, entre la forêt et le bassin minier.
La démarche dure en général entre un an et dix-huit mois, de la candidature au plan d'action. Ce temps est nécessaire pour arpenter le territoire en plusieurs saisons, organiser les ateliers et laisser les objectifs mûrir au sein des instances de décision.
Le diagnostic décrit le paysage tel qu'il est et tel qu'il évolue. Il identifie les unités paysagères, ces ensembles cohérents de relief, d'eau, de végétation, de formes bâties et d'usages, et les structures qui les organisent : vallées, lignes de crête, haies, alignements d'arbres, chemins, silhouettes de bourgs. Il repère les dynamiques à l'œuvre : extension urbaine, enfrichement ou intensification agricole, nouvelles infrastructures, projets d'énergie renouvelable, effets du changement climatique sur la végétation et l'eau.
Ce travail s'appuie sur l'arpentage du territoire, la lecture de cartes anciennes et récentes, les photographies aériennes, les études existantes, et surtout sur les regards des habitants, des agriculteurs, des élus et des usagers. Nous accordons une grande place au terrain : c'est en marchant que l'on comprend comment un paysage est vécu.
Le diagnostic aboutit à la formulation d'objectifs de qualité paysagère, c'est-à-dire ce que le territoire souhaite pour ses paysages dans les vingt ou trente ans à venir. Ils doivent être précis et territorialisés pour être utiles : préserver les coupures vertes entre deux bourgs, retrouver un accès à la rivière, requalifier une entrée de ville commerciale, reconstituer un maillage de haies, intégrer les nouvelles installations énergétiques dans les lignes du paysage. Ils sont débattus avec les élus et les acteurs avant d'être arrêtés.
Le plan d'action traduit les objectifs en actions concrètes, chiffrées et portées par un responsable identifié. On y trouve des projets d'aménagement (une place, un parc, une berge, un itinéraire de promenade), des actions de gestion (entretien des haies, des bords de route, des boisements), des actions réglementaires (traduction dans le PLU, cahiers de recommandations pour les constructions) et des actions de sensibilisation. Chaque action est rattachée aux objectifs qu'elle sert. Un programme hiérarchisé, avec quelques actions rapides et visibles, aide à maintenir la dynamique une fois l'étude terminée.
Un plan de paysage réussi est un plan approprié par ceux qui vivent le territoire et le transforment. Nous construisons pour chaque mission un dispositif de concertation adapté :
Le dessin est un outil essentiel de ce dialogue : coupes, blocs-diagrammes, photomontages et cartes rendent visibles les transformations possibles et permettent de les discuter.
Le plan de paysage est particulièrement utile pour anticiper la transition écologique du territoire. Implantation des éoliennes et des centrales photovoltaïques, rénovation énergétique du bâti ancien, gestion de l'eau, adaptation des essences végétales au climat qui change, développement des mobilités douces : autant de transformations qui marquent le paysage et gagnent à être pensées ensemble. Le ministère a d'ailleurs encouragé des plans de paysage tournés vers la transition énergétique et climatique.
À Raismes, nous avons élaboré en 2021 un plan de paysage avec l'Atelier Polis. En 2022, l'agence a travaillé sur le plan de paysage de l'Anjou Bleu, dans le Maine-et-Loire. À Marcheprime, nous avons réalisé une étude urbaine et paysagère, et à Conflans-Sainte-Honorine, l'agence a contribué au schéma directeur des espaces publics du centre-ville, qui prolonge à l'échelle urbaine les mêmes questions de structure, de continuité et d'usage.
L'étude n'est qu'un début. Pour que le plan produise ses effets, il faut désigner un animateur, réunir régulièrement le comité de suivi, intégrer les objectifs dans la révision des documents d'urbanisme, et engager les premières actions dans l'année qui suit. Les territoires qui réussissent sont ceux qui associent dès l'origine les services chargés de l'urbanisme, de la voirie, de l'agriculture et de l'environnement, et qui font du plan de paysage une référence pour chaque nouveau projet.
Architectes et urbanistes, nous accompagnons les communes, intercommunalités et parcs naturels régionaux dans l'élaboration de leur plan de paysage, depuis la candidature à l'appel à projets jusqu'au plan d'action, puis dans la conception des premiers projets. Découvrez nos missions pour les collectivités, notamment dans les Yvelines, ou contactez l'agence.
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