Voiries, parkings, cours et toitures : en ville, la pluie tombe surtout sur des surfaces qui la renvoient aussitôt vers les réseaux. Les conséquences sont connues : réseaux saturés, débordements lors des orages, nappes mal rechargées, sols privés de vie et d'arbres, chaleur accrue l'été. Désimperméabiliser consiste à redonner au sol sa capacité à absorber l'eau et à porter la végétation. C'est un travail d'urbaniste autant que de paysagiste : il se prépare dans le plan local d'urbanisme, se dessine dans chaque projet et se poursuit dans l'entretien.
Une surface imperméable ne fait pas disparaître la pluie : elle la déplace. L'eau ruisselle, se charge en polluants au contact des chaussées et rejoint en quelques minutes des réseaux dimensionnés pour une autre époque. Lors des orages, les réseaux unitaires débordent vers les rivières ; ailleurs, le ruissellement inonde les rues basses et les sous-sols. À l'inverse, pendant les sécheresses, les sols scellés ne rechargent plus les nappes et les arbres manquent d'eau.
Gérer l'eau là où elle tombe change la logique. Les pluies courantes, qui représentent l'essentiel des volumes de l'année, peuvent être infiltrées ou évaporées sur place ; seules les pluies exceptionnelles demandent encore des ouvrages de stockage et des exutoires. Un sol perméable et vivant devient alors une ressource : il nourrit la végétation, rafraîchit l'air par évaporation et accueille une biodiversité que l'enrobé exclut.
La loi Climat et résilience de 2021 a fixé l'objectif de zéro artificialisation nette des sols en 2050. Elle oblige les collectivités à reconstruire la ville sur elle-même, ce qui rend d'autant plus précieux chaque mètre carré de sol vivant ; la renaturation de surfaces artificialisées entre d'ailleurs dans le calcul du solde. Les outils existent déjà à l'échelle locale :
Les agences de l'eau et l'État soutiennent financièrement les opérations de désimperméabilisation, notamment dans les cours d'école et les espaces publics. Leurs conditions évoluent d'une année à l'autre : nous les vérifions avec la collectivité au moment du montage de chaque opération.
Désimperméabiliser ne consiste pas à remplacer un enrobé par un autre revêtement. Avant de dessiner, nous réunissons ce que le sol peut accepter :
Le sol lui-même mérite attention. Une terre compactée par des décennies de circulation doit être décompactée, amendée, parfois reconstituée. Nous privilégions le réemploi des terres du site et des matériaux de démolition concassés, plutôt que l'évacuation et l'apport de terres venues de loin.
Les ouvrages à ciel ouvert sont les plus simples à entretenir et les plus lisibles : noues, jardins de pluie, bandes plantées en creux, fosses d'arbres continues qui recueillent l'eau des trottoirs. Ils rendent la pluie visible et familière aux habitants. Une aire de jeux, une esplanade ou une pelouse en gradins peuvent aussi accepter d'être submergées quelques heures lors des pluies rares : un même espace sert alors à l'usage quotidien et à la gestion de l'eau.
Tous les sols n'ont pas besoin d'être revêtus. Là où un revêtement est nécessaire, le choix dépend de l'usage : pavés à joints enherbés ou sablés pour un stationnement occasionnel, dalles alvéolées, stabilisé pour les allées, béton ou enrobé drainants pour les voies circulées, copeaux et sols souples pour les jeux. Chacun a ses limites, colmatage, accessibilité des personnes à mobilité réduite, résistance au trafic, qu'il faut anticiper dès la conception.
Lorsque l'infiltration est impossible, les toitures végétalisées, les cuves et les espaces de rétention temporaires ralentissent l'eau. L'eau stockée peut servir à l'arrosage des plantations et au nettoyage de la voirie, ce qui réduit le recours à l'eau potable en été.
À Gennevilliers, sur la ZAC Centre-Ville aménagée par la SEMAG 92 pour la Ville, l'agence accompagne l'opération depuis 2014 au sein de l'équipe conduite par Paris U, mandataire. Les fiches de lots de la deuxième phase fixent la pleine terre, les retraits et les porosités des futurs immeubles. Dans les espaces publics, conçus avec Bérim et Bassinet Turquin Paysage, les bandes plantées, les clôtures basses, la désimperméabilisation des sols et l'infiltration des eaux pluviales à la parcelle répondent aux enjeux d'îlots de chaleur et de biodiversité.
À Viry-Châtillon, la cour de l'école maternelle Charles-Perrault, devenue cour « Oasis », associe bandes plantées, zones de copeaux et nouvelles surfaces amortissantes ; la toiture du préau, à très faible pente, rejette les eaux de pluie dans une bande plantée créée pour le projet. À Conflans-Sainte-Honorine, le schéma directeur des espaces publics du centre-ville, élaboré au sein d'une équipe conduite par Paris U, prévoit la végétalisation et la désimperméabilisation des abords de la gare. À Tananarive, à Madagascar, le plan d'un nouveau quartier d'un millier de logements s'organisait autour de noues paysagères chargées de la gestion de l'eau.
Un espace désimperméabilisé s'entretient autrement. Les noues se curent, les revêtements perméables se nettoient pour éviter le colmatage, les plantations demandent un suivi attentif les premières années, sans pesticides de synthèse, désormais interdits dans la plupart des espaces publics. Nous associons les services techniques dès la conception, pour que les choix correspondent à leurs moyens et à leurs pratiques.
Nous expliquons aussi le projet aux riverains. Une flaque qui disparaît en quelques heures dans une bande plantée n'est pas un défaut : c'est le dispositif qui fonctionne. Cette pédagogie fait partie du projet, au même titre que le choix des plantes.
L'agence aide les collectivités et les aménageurs à intégrer la désimperméabilisation à toutes les échelles : règles du PLU et fiches de lots, schémas directeurs d'espaces publics, maîtrise d'œuvre des cours, des rues et des places. Découvrez nos missions pour les collectivités des Hauts-de-Seine, nos guides pour élaborer un plan de paysage et construire en zone inondable, ou contactez l'agence.
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